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LA CROIX DU NORD - 17 MAI 2002

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La Croix du Nord - Le 17 Mai 2002
Cannabis: je hais tout ce qui dégrade l'homme

Docteur Léon Hovnanian, président du Comité national d'information sur la drogue (CNID) «Cannabis: je hais tout ce qui dégrade l'homme»
Drogue principale d'initiation chez les adolescents, le cannabis est «un piège qui peut rendre esclave» rappelle le Dr Léon Hovnanian, président du CNID. Il réfute la distinction entre «drogue dure» et «drogue douce».


 Quel état des lieux peut-on faire aujourd'hui de la consommation de la drogue chez les jeunes? 

J'ose dire qu'il n'y a pas de politique de prévention dans ce pays: on «fait semblant» de faire de la prévention. Exemple: la circulaire Jospin d'octobre 1990 instituant les Comités d'environnement social (CES) dans tous les établissements scolaires avec en sous-titre: «Outil privilégié de la solution des situations à risque» Résultat: 5% des établissements français disposaient, quelques années plus tard, d'un CES en fonctionnement... Ces CES sont ensuite devenus des Comités d'éducation à la santé et à a la citoyenneté. L'administration prétend que 50% des établissements en sont aujourd'hui pourvus? Moi qui vais beaucoup dans les lycées, je peux vous dire qu'on en est loin! très loin! De surcroit, ces comités n'ont toujours pas de message clair, ni de véritables actions de prévention.


Justement, qu'est-ce qu'une véritable action de prévention selon vous?

Dr. Hovnanian: Cela, nous l'avons appris des Suédois. En 1970, avant tout le monde, ils ont dépénalisé le cannabis et distribué de l'héroïne aux héroïnomanes: résultat, au boutde 10ans, une explosion de la toxicomanie et de la criminalité chez les jeunes. Quand les Suédois ont vu cela, ils ont fait marche arrière toute: ils ont pris la loi la plus répressive d'Europe etils l'ont appliquée, eux; ils ont donné délégation aux municipalités pour aller au-devant des toxicomanes, non pas seulement pour les écouter mais pour les obliger à se sevrer. Certains hurlent à l'atteinte à la liberté? Moi je prétends que c'est de l'assistance à personne en danger. Comment peut-on parler du libre arbitre d'un toxicomane? La drogue inhibe la volonté, nous le savons, c'est scientifiquement prouvé. Les Suédois ont eu aussi l'intelligence, parents, enseignants, élus, policiers, magistrats et autres, de faire de la prévention dans les écoles dès le CM2. Le message est transparent: les enfants, le cannabis, ce n'est pas pour vous, ça met trop en danger votre avenir. On ne joue pas avec ça! Stop!


Comment, précisément, les jeunes en viennent-ils à fumer du cannabis?

Dr. Hovnanian: Très simplement, hélas: ça se passe en 6ème, 5ème ou 4ème, un jour l'enfant est avec ses copains, il y en a un ou deux qui sortent un joint, on tire une ou deux bouffées, on le passe au copain, qui le passe au copain, et ça arrive à lui; l'enfant, évidemment, est sous l'oeil des autres, il ne veut pas passer pour un trouillard et il le fume. C'est comme pour un verre de vin: quand vous avez bu un verre ou deux, vous rigolez, vous êtes désinhibés, vous parlez avec les filles facilement... L'engrenage se met en place. A ce jour, 80% desjeunes de 18 ans ont déjà fumé un joint - et non pas 65% comme l'affirment les statistiques officielles! Heureusement, en dépit de la carence de la prévention, 55 à 60% d'entre eux s'arrêtent d'eux-mêmes. Restent ceux qui continuent et qui cherchent fatalement à retrouver le même plaisir.

Le cannabis est pour tous ces pauvres gosses la première des drogues et c'est la drogue piège par excellence! On le sait pharmacologiquement: l'alcool, 24 h après, il n'en reste plus rien dans l'organisme. Le cannabis, c'est tout autre chose: il vous faut 8 à 10 jours pour l'éliminer complètement. Il y a donc une imprégnation insidieuse en renforcement. Les effets du cannabis, on les connaît depuis longtemps. Alors quand on vient nous dire aujourd'hui qu'on ne sait pas, qu'il faut encore étudier, etc. La vérité, c'est que le cannabis est un produit excessivement dangereux, le type même de la fausse drogue douce.


«Drogue douce» et «drogue dure»: que pensez-vous de cette distinction?

Dr. Hovnanian: Une «drogue douce», ça n'existe pas! C'est un terme de marketing! Le rapport Roques, commandé par Bernard Kouchner, est une fumisterie: ce rapport est bon si vous lisez les 250 pages, mais si vous lisez seulement les conclusions vous apprendrez y alors que le cannabis est «moins dangereux que le tabac etl'alcool». Et quand en plus on vient vous parler froidement des prétendues vertus thérapeutiques du cannabis! Rien de plus faux! C'est une pirouette scandaleuse! Un mensonge éhonté! Le lobby de la drogue a tout à gagner à cette accumulation de contre-vérités.


Durant la campagne des présidentielles, I'un des thèmes développés par certains candidats a porté sur la dépénalisation du cannabis. Qu'en pensez-vous?

Dr. Hovnanian: Les Verts sont contre la pollution de l'air, de l'eau et de la terre, en revanche la pollution des esprits de nos gosses, ça ne les gêne pas! Ces gens-là ne parlent pas de la même chose que moi: eux, ils ont en tête le confort de quelque 500.000 adultes usagers ludiques du cannabis: moi, je me fiche de ces adultes; par contre, ils polluent des gamins de 11-12 ans qui, eux, sont à l'âge de la fragilité. Ce sont les enfants que je défends, moi, sinon je ne serais pas là, j'ai 82 ans, j'ai autre chose à faire, mais je ne peux pas abandonner ces petits avec ce que je sais, avec ce que je vois: j'aurais l'impression de déserter.


Et quand un homme politique affirmait que fumer un joint est finalement moins dangereux que boire de l'alcool avant de prendre le volant...?

Dr. Hovnanian: Comment peut-on comparer deux choses qui ne sont pas comparables? Pourquoi n'a-t-il pas dit: «Mieux vaut prendre une cuite chez soi que de fumer un joint avant de prendre le volant?». Il existe une directive du Parlement européen prescrivant aux Etats de l'Union de faire des contrôles systématiques de drogue - cannabis compris - en cas d'accident de la circulation: l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, la Hollande appliquent cette directive. Depuis, on a observé en Allernagne une baisse de 3% des accidents mortels, 9% des accidents graves et 20% des accidents légers. Mais dans la Sarre, qui est allée au-delà de la directive européenne en systématisant les contrôles préventifs, surtout le samedi soir, on a noté 69% de baisse des accidents mortels! Dans 80% des cas, c'est le cannabis seul qui était en cause. Alors, le cannabis ne tue pas?... En France, il a fallu attendre mars 99 pour que soit votée une loi prescrivant la recherche de drogue, mais uniquement en cas d'accident mortel. Le décret d'application n'est paru qu'en septembre 2001, deux ans et demi plus tard et l'on a commencé à faire les analyses en janvier 2002. De plus, il n'y a aucune sanction: le but est uniquement de faire une étude épidémiologique pour savoir si on fera une loi plus tard. C'est scandaleux! On nous refait le cas du sang contaminé: moi j'attends que des parents attaquent un jour l'Etat français en Haute Cour de Justice!


Cependant, le débat sur la dépénalisation du cannabis se poursuit...

Dr. Hovnanian: Evidemment, puisqu'on l'a déjà dépénalisé dans les faits! Dès 78, le ministre Peyreffite envoyait une circulaire à tous les procureurs prescrivant aux magistrats de faire une simple «admonestation», y compris aux récidivistes. Sivotre gosse sait qu'il n'y a aucune sanction à tout ce qu'il fera, il fera n'importe quoi, évidemment, il ne sait pas.

Retenez bien ce chiffre: en France, 40.000 jeunes deviennent chaque année des exclus du fait de la consommation de
cannabis. Moi qui, en tant que médecin, ai personnellement soigné plus de1000 toxicomanes, suivi plus de 5000 personnes dans des centres de cure de désintoxication, parlé avec plusieurs milliers de jeunes dans les écoles et les lycées, je peux témoigner avec force que 95% de ceux qui sont devenus héroïnomanes, cocaïnomanes ou polytoxicomanes, m'ont dit qu'ils n'en seraient pas arrivés là s'ils n'avaient pas, un jour, rencontré le cannabis.

Alors qu'on arrête de dire n'importe quoi sur cette prétendue «droguedouce»! Je hais tout ce qui dégrade l'homme. Ce qui manque, c'est une volonté politique, pas autre chose. En protégeant les enfants des autres, c'est nos propres enfants que l'on protège. La drogue n'est pas une fatalité, on guérit très bien de la toxicomanie, mieux que de l'alcoolisme, seulement il n'y a pas d'autre solution que le sevrage: pour cela, il suffit d'être un éducateur généreux. Beaucoup d'amour, mais aussi beaucoup de fermeté.

Propos recueillis par Bruno Cortequisse

 

 


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